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Tueur du Roi-Démon. Dieu de la Guerre. Maître Absolu. Il existe de nombreux titres associés au Grand Vermouth, mais le plus représentatif est celui-ci : Héros. [Héros. Vermouth le Grand est parti à l’aventure il y a 300 ans, accompagné de ses compagnons.]

Un vieux conte qu’on m’a raconté depuis que je rampais à quatre pattes. Vermouth le Grand. Senya la Sage. Anise la Sainte. Moron le Courageux. Hamel l’Idiot.

« Les autres sont grands, sages, saints et courageux… pourquoi je suis le seul à être idiot ? »

Chaque fois que la nourrice lisait ce conte, une flamme s’allumait dans le cœur d’Eugène Lionheart. Si seulement j’avais su parler correctement, au-delà des babillages ! Si au moins mon corps m’obéissait… ! « Même ce débile de Moron a été présenté en héros courageux. Pourquoi moi je suis idiot? On ne nous aurait pas inversé, par hasard ? »

Peu importe combien il y réfléchissait, il ne comprenait pas pourquoi Moron était qualifié de courageux. « Du courage, mon cul. C’est juste un idiot fini. »

[Hamel l’Idiot était toujours jaloux de Vermouth. Il disait que Vermouth, supérieur à lui, était son rival. Bien que personne ne le pensait vraiment.] « Le bâtard qui a écrit ça… c’était sûrement un mec que j’ai tabassé il y a trois cents ans. »

Eugène grinça des dents en parlant. Ce n’était pas totalement incompréhensible non plus. Les contes pour enfants doivent être simples, divertissants, et porteurs de leçons.

[Hamel marchait toujours en tête. Même à l’embranchement menant au château du Roi-Démon. Vermouth voulait aller à droite, mais Hamel insista pour aller à gauche.] « N’importe quoi. » [Finalement, Vermouth céda à Hamel. Mais une embuscade les attendait là… Le Stupide Hamel ! Il hurla que le Roi-Démon avait posé un piège car il le craignait. Quel idiot, ce Hamel !]

Le poing d’Eugène, âgé de dix ans, se serra. Il avait lu ce conte des centaines de fois, mais à ce passage-là, sa colère montait toujours. [Hamel était un fauteur de troubles. Il se disputait constamment avec ses compagnons à cause de son tempérament explosif.] « …Bon, ça, c’est vrai. »

[Après de nombreuses aventures, Vermouth et ses compagnons atteignirent le château du Roi-Démon. Même là, Hamel l’Idiot n’écoutait pas Vermouth. Toujours en tête, il ne parvint pas à éviter les pièges, obligeant ses compagnons à affronter de grands dangers.] « Quel connard qui ne sait rien. »

Eugène grinçait des dents. Ce château du Roi-Démon, cet enfer… Ce n’étaient pas des pièges qu’on pouvait simplement éviter. Même en sachant qu’il y en avait, il fallait les traverser de force.

[…Hamel se disputait sans cesse avec ses compagnons. Hamel l’Idiot. Hamel le Violent. Mais Hamel aimait ses compagnons. Couvert de blessures, il ne pensa jamais à fuir et se sacrifia pour eux.] « … »

[Dans ses derniers instants, Hamel regretta son passé, incapable d’avoir été honnête. ‘Senya, je t’aimais.’] « Non, je t’aimais pas. »

[‘Moron, tu es le plus courageux de nous tous.’] « Ce mec est un crétin. »

[‘Vermouth, tu dois vaincre le Roi-Démon.’ Vermouth jura en voyant les larmes d’Hamel : ‘Je le vaincrai, c’est promis.’ Et Hamel ferma paisiblement les yeux…]

Le reste ne valait pas la peine d’être lu. Eugène referma le livre avec une grimace.

[‘Anise, prie pour moi.’] « Jamais dit ça. »

« Me voilà sacrifié pour un conte pour gosses. »

Chers enfants, même cet Idiot Hamel portait en lui un cœur juste. Il s’est sacrifié pour ses amis. Il a regretté de ne pas avoir été sincère…

« Putain, vous vendez mon nom pour ce genre de morale à deux balles ? »

Même après toutes ces lectures, la colère restait. Eugène jeta le conte avec rage. Il aurait aimé retrouver l’auteur et le réduire en bouillie, mais le livre, transmis depuis trois siècles, était anonyme.

« Vermouth, Senya, Anise, Moron. Ces quatre-là aussi sont des bâtards. Pourquoi ils ont laissé passer un truc pareil ? Putain de Senya. T’as tant pleuré quand je suis mort… et t’as même pas pensé à défendre mon honneur ? »

Peut-être… peut-être qu’ils ne pensaient pas que Hamel reviendrait un jour en se souvenant de tout.

Réincarnation.

Eugène se remémora les pleurs de son enfance dans le berceau. À ses yeux, cette période était tout aussi infernale que le château du Roi-Démon. L’esprit était clair, mais le corps ne répondait pas. Il bavait sur des tétines et fixait des jouets suspendus au plafond toute la journée.

Qu’un enfant de dix ans ait déjà des yeux aussi affûtés n’était pas un hasard. Il avait passé son temps, depuis tout petit, à fixer les heures avec colère. Eugène soupira et se frotta le front.

« …La réincarnation, d’accord. Mais pourquoi comme descendant de Vermouth, bon sang ? »

Lionheart. C’est le nom de famille de Vermouth.

« Y avait plein d’autres options possibles pour se réincarner. Pourquoi, par tous les diables, Vermouth ? »

D’aucuns crieraient de joie dans ce contexte. Mais Eugène, avec ses souvenirs de sa vie passée, ne pouvait pas.

Toute sa vie, il avait voulu dépasser Vermouth. Il ne l’avait jamais clamé ouvertement comme rival, contrairement au conte, mais il l’avait toujours gardé en tête.

Il ne l’avait jamais surpassé. Peu importe ses efforts ou son entraînement, la distance entre eux ne s’était jamais réduite.

« Vermouth le Grand. »

Eugène leva les yeux. Le grand portrait accroché au mur. Le visage de Vermouth était exactement celui qu’il avait connu dans sa vie passée.

« Hamel l’Idiot. »

Il sortit un miroir de sa poche et examina son visage. Un enfant de dix ans. Un visage qui ne ressemblait en rien à celui de Vermouth. Mais il portait le nom de Lionheart, descendant du héros Vermouth.

Au début… il pensait rêver. Mais depuis longtemps déjà, il avait accepté cette réalité.

L’Idiot Hamel s’est réincarné en descendant du Grand Vermouth.


De son vivant, Vermouth avait eu plusieurs concubines en plus de son épouse officielle.

« Il n’aimait même pas les femmes à l’époque… il a changé en vieillissant ? »

Le Vermouth dont Eugène se souvenait était à peine humain. Et pourtant, ce même Vermouth avait eu assez de concubines pour engendrer toute une lignée…

« Bon, après tout, c’était un homme. »

Les descendants légitimes venaient de l’épouse officielle. Bien qu’ils portent tous le nom Lionheart, Eugène appartenait à une branche secondaire.

Cela dit, il n’était pas dans le besoin. Comparée à la maison principale de la capitale, sa demeure en campagne faisait pâle figure, mais ici, elle restait luxueuse.

Et dans cette vaste propriété, le plus impressionnant était le gigantesque terrain d’entraînement. Héros, Dieu de la Guerre, Maître Absolu. Vermouth le Grand. Ses descendants n’avaient pas le droit de négliger l’entraînement. Une phrase que l’on répétait à en devenir sourd depuis l’enfance.

« Encore une fois… »

Gerhard Lionheart regarda son fils de dix ans avec lassitude. Lui aussi avait été assidu dans son entraînement, mais toute sa jeunesse avait été teintée de culpabilité : il était indigne du sang qu’il portait.

Son ancêtre était le Grand Vermouth. Mais lui, Gerhard, n’avait aucun talent particulier.

« …Tu l’as encore cassé. »

Chaque fois qu’il voyait son fils, des émotions contradictoires l’assaillaient. Un comportement et des paroles peu enfantines. Un regard froid, sans la moindre innocence. Privé de sa mère très jeune, il ne l’avait jamais pleurée.

Et surtout, son talent dépassait l’imaginable. Un monstre.

C’était un mot cruel pour parler de son propre enfant, mais parfois, Gerhard en avait peur. Un enfant de dix ans. Même pas encore initié au mana. Et pourtant, déjà capable de manier une épée en bois renforcée de métal.

« En m’entraînant, elle s’est cassée. »

Eugène claqua la langue et posa l’épée. Cette épée-là, même un adulte aurait eu du mal à la manier. Mais depuis l’âge de sept ans, Eugène insistait pour s’entraîner avec elle.

Au début, Gerhard trouvait cela mignon. Un simple caprice d’enfant. Mais cela faisait déjà trois ans.

Aujourd’hui, Eugène maniait cette épée comme un jouet, et même cela ne lui suffisait plus : il s’entraînait avec des poids aux chevilles.

Gerhard avala sa salive et regarda le sol. L’épée brisée. Le mannequin d’entraînement totalement détruit. Il venait à peine d’être remplacé, il y a trois jours seulement ?

Pas étonnant. Il les casse tous depuis longtemps.

« Le forgeron du village est nul à chier. »

Eugène cracha. Une remarque brutale pour un enfant, mais Gerhard ne releva pas. C’était dans sa nature. Il avait essayé de le corriger, en vain.

« Faire payer pour cette camelote… Il faudrait le fouetter. Mais père, vous êtes trop indulgent. »

« Hm… Je lui dirai de faire plus solide, la prochaine fois… »

« Pas un mannequin. Apportez juste un gros bloc de métal pur. On n’est pas là pour faire joli, non ? »

Gerhard resta silencieux. Le corps de son fils, pour un enfant de dix ans, était ridiculement entraîné. Franchement, à mains nues… je perdrais sûrement.

Il est né pour le combat.

Mais Gerhard ne pouvait s’en réjouir pleinement. Pas à cause de la peur. Non. Parmi les sentiments qu’il éprouvait, il y avait aussi de la fierté.

Mais également de la culpabilité. Inévitable, en tant que père insuffisant.

Car tous les Lionheart ne se valent pas. Déjà rejeté par la maison principale il y a longtemps, la famille de Gerhard était méprisée même parmi les branches secondaires.

Son fils comprenait-il cela ? Non. Trop jeune.

« Je peux pas utiliser une vraie épée ? »

Encore une fois. Gerhard secoua la tête.

« Pas encore. »

« À cause du Rituel de l’Héritage ? »

« Oui. Dans trois ans, si tu le passes, tu pourras manier une vraie lame. »

« On pourrait juste en faire notre petit secret, vous et moi. »

« Ce n’est pas possible. Moi aussi, je suis un Lionheart. Je ne peux pas ignorer les traditions. »

Le Rituel de l’Héritage.

Une tradition qui avait lieu tous les dix ans chez les Lionheart. Tous les enfants de dix à quinze ans, qu’ils soient de la lignée principale ou secondaire, s’y rassemblaient.

Le but était simple : Qui mérite vraiment le nom de Lionheart ? Qui peut se prétendre descendant du Héros sans honte ? Une vraie lame ne peut être maniée qu’après ce rite.

Une tradition débile.

Eugène ne le dit pas à voix haute. Mais il bouillait.

Car ce rituel ne faisait qu’écraser les branches secondaires. Elles étaient interdites de manier de vraies armes ou de s’entraîner au mana avant le rituel.

Alors que les enfants de la maison principale s’exercaient dès la petite enfance. Tout est fait pour que les secondaires ne puissent jamais dépasser les principaux.

Même un enfant pouvait comprendre cette injustice. Et Eugène, malgré son corps, n’était plus un enfant dans sa tête.

Gerhard ne lisait pas tout dans son regard. Mais il ressentait ses émotions.

Une partie de lui trouvait son fils mignon quand il boudait. Mais la culpabilité restait la plus forte.

Si seulement il était né dans la maison principale…

Un talent aussi éclatant. Mais en tant que secondaire, il était voué à être écrasé.

Dans trois ans, le Rituel… Même si Eugène était hors norme, pouvait-il vraiment rivaliser avec les véritables héritiers ? Cette réalité torturait Gerhard.

Si seulement il n’avait pas été aussi doué…

Il aurait évité la douleur de l’écart entre talent et réalité.

« Père, pourquoi vous faites cette tête ? »

« Non… ce n’est rien. »

Mais bien sûr. Tu vas encore te traiter de bon à rien, hein ?

Eugène claqua la langue, fixant son père. Il avait du mal à vraiment le considérer comme tel, avec ses souvenirs d’une vie passée. Mais il n’en restait pas moins son père dans cette vie.

« Père. Et si on jouait à l’épée, comme avant ? »

« H-hmm ? »

« Vous savez, au jeu de duel à l’épée. »

Eugène ne dit pas s’entraîner. Par considération pour son père. Il utilisa volontairement le mot jeu. Mais le visage de Gerhard se figea aussitôt.

Il sentait le poids de sa propre bedaine. Voyait le bras de son fils balancer une épée renforcée comme un jouet.

« U-une autre fois, d’accord ? »

S’il perdait même dans un jeu contre son fils de dix ans…

Gerhard recula en sueur.

Eugène regarda son père s’éloigner… et esquissa un sourire en coin.

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